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La victimisation secondaire dans le système de justice pénale chez les personnes victimes d’agression sexuelle

Problématique à l’étude 

Environ 98% des personnes victimes d’agression sexuelle (AS) qui dévoilent l’agression vécue font face à au moins une réaction négative [7]. Ces réactions constituent l’un des plus importants prédicteurs de la sévérité des symptômes du trouble de stress post-traumatique chez les personnes victimes d’AS16. L’association entre les réactions négatives et la hausse de la sévérité des symptômes post-traumatiques est décrite par la victimisation secondaire3 (VS).  

Deux systèmes de soutien sont particulièrement à l’origine de la VS chez les personnes victimes d’AS. Les réactions négatives de membres du système de soutien informel (p. ex. la famille, les amis, le ou la partenaire) prédisent la sévérité des symptômes post-traumatiques chez les personnes victimes d’AS16. Par ailleurs, elles sont susceptibles de faire face à des réactions négatives au sein du système de justice. Ces réactions sont associées à une hausse de la sévérité des symptômes post-traumatiques. Les personnes victimes rapportent toutefois une reprise de pouvoir au cours de leur passage dans ce système4, ce qui s’apparente au phénomène de croissance post-traumatique. Ce concept correspond à un changement psychologique positif à la suite de circonstances de vie particulièrement difficiles14.  

Ainsi, la VS peut survenir au sein du système de soutien informel et du système de justice pénale. Pourtant, entre 60 et 94% des personnes victimes dévoilent l’AS à un membre du système de soutien informel1, alors que 6% d’entre elles s’engagent dans une démarche judiciaire6. Il est donc nécessaire de comparer l’expérience de dévoilement au sein de ces deux systèmes. La seule étude longitudinale comparant ces deux systèmes de soutien montre un patron de résultats inconstant11. Les personnes victimes pour qui des accusations sont déposées montrent moins de symptômes psychologiques que celles qui n’ont pas porté plainte. Or, le patron inverse est montré lorsque les personnes victimes progressent vers l’étape du procès : ces dernières présentent plus de symptômes post-traumatiques que les personnes victimes n’ayant pas porté plainte. La fréquence des réactions négatives selon l’étape de la démarche judiciaire expliquerait ces résultats puisqu’elles seraient moindres lorsque des accusations sont déposées et plus importantes en progressant vers le procès10. Cette hypothèse n’a toutefois pas été vérifiée.  

Objectifs  

Le projet de thèse a pour objectif général de mieux comprendre le phénomène de VS chez les personnes victimes qui dévoilent l’AS au système de soutien informel ou qui s’engagent dans une démarche judiciaire. Nous réaliserons une étude longitudinale visant à comparer, chez ces deux populations, les réactions négatives vécues, les symptômes post-traumatiques, la croissance posttraumatique et l’attribution du blâme (objectif 1). Il est attendu que les personnes engagées dans une démarche judiciaire rapportent significativement plus de réactions négatives et de symptômes posttraumatiques à au moins un temps de mesure. Le deuxième objectif est exploratoire et vise à comparer les réactions négatives, les symptômes post-traumatiques, la croissance post-traumatique et l’attribution du blâme chez les personnes victimes d’AS engagées dans une démarche judiciaire, selon l’étape vécue (c.-à-d. dénonciation, dépôt des accusations, plaidoyer, témoignage, verdict et sentence). 

Méthodologie 

Participants. L’échantillon visé est de 90 participants. Les critères d’inclusion sont 1) être âgé de 18 ans et plus ; 2) avoir vécu au moins une AS ; 3a) avoir dévoilé l’AS à au moins un membre du système de soutien informel et ne pas être engagé dans une démarche judiciaire (groupe 1) ou 3b) être engagé dans une démarche judiciaire concernant l’AS vécue (groupe 2). Les participants du groupe 2 de l’objectif 1 constituent les participants pour atteindre l’objectif 2. Ainsi, aucun autre recrutement ou collecte de données n’est nécessaire.  

Procédure. Afin d’atteindre les deux objectifs de l’étude, les participants complèteront une batterie de questionnaires francophones, autorapportés et validés mesurant les réactions négatives reçues (Social Reaction Questionnaire15), les symptômes post-traumatiques (Posttraumatic Stress Disorder Checklist for DSM-517), la croissance post-traumatique (Posttraumatic Growth Inventory13) et l’attribution du blâme (Rape Attribution Questionnaire8) à six reprises. Les participants du groupe 1 rempliront la batterie de questionnaires trimestriellement pendant 18 mois. Les participants du groupe 2 rempliront les questionnaires lors des principales étapes de leur démarche judiciaire, soit lors de la dénonciation (T1), le dépôt d’accusations (T2), le plaidoyer (T3), le témoignage (T4), le verdict (T5) et la sentence (T6). 

Retombées 

Les résultats de la thèse permettront aux personnes victimes de prendre une décision plus éclairée quant aux systèmes à qui elles dévoileront l’AS. Ils permettront aussi aux psychologues et intervenants sociojudiciaires de mieux connaitre les conséquences de la démarche judiciaire sur leurs clients et d’optimiser leurs interventions. Des changements au sein du système de justice pénale sont envisageables. En effet, des recommandations précises en lien avec les agissements des acteurs du milieu judiciaires pourront être transmises en fonction de l’étape de la démarche judiciaire. Le Gouvernement du Québec démontre une volonté claire d’améliorer le passage dans le système de justice des personnes victimes d’AS9. Les données scientifiques ont le pouvoir de guider des changements afin qu’ils soient appropriés et bénéfiques12. C’est notamment ce qu’offre ce projet. 

Références du résumé de projet

1. Ahrens, C. E., Cabral, G., & Abeling, S. (2009). Healing or hurtful: Sexual assault survivors' interpretations of social reactions from support providers. Psychology of Women Quarterly, 33(1), 81–94. https://doi.org/10.1111/j.1471-6402.2008.01476.x 

2. Brown, H., & Prescott, R. (2015). Applied Mixed Models in Medicine (3e éd.). John Wiley & Sons. https://doi.org/10.1002/9781118778210 

3. Campbell, R., & Raja, S. (2005). Sexual assault and secondary victimization of female veterans: Help-seeking experiences with military and civilian social systems. Psychology of Women Quarterly, 29(1), 97-106. https://doi.org/10.1111/j.1471-6402.2005.00171.x 

4. Clarke, A. (2014). In the eyes of the law: Survivor experiences and image construction within sexual assault cases [thèse de doctorat, University of Toronto]. https://tspace.library.utoronto.ca/bits tream/1807/68431/1/Clarke_Allyson_K_201411_PhD_thesis.pdf 

5. Corte, E., Desrosiers, J., & Bérubé, M. (2021). Rebâtir la confiance : Rapport du comité d’experts sur l’accompagnement des victimes d’agressions sexuelles et de violence conjugale. Secrétariat à la condition féminine. https://numerique.banq.qc.ca/patrimoine/d etails/52327/4287551 

6. Cotter, A. (2021). La victimisation criminelle au Canada, 2019 (publication no 85-002-X). Statistique Canada. https://www150.statcan.gc.ca/n1/fr/pub/85-002-x/2021001/article/00014fra.pdf?st=K3fy6NsB 

7. Filipas, H. H., & Ullman, S. E. (2001). Social reactions to sexual assault victims from various support sources. Violence and Victims, 16(6), 673–692. 

8. Frazier, P. A. (2003). Rape Attribution Questionnaire. American Psychological Association PsycTESTS. https://doi.org/10.1037/t10239-000 

9. Gouvernement du Québec. (2022). Contrer la violence sexuelle, la violence conjugale et Rebâtir la confiance – Stratégie gouvernementale intégrée 2022-2027. https://cdn-contenu.quebec.ca/cd ncontenu/adm/org/SCF/publications/plans-strategiques/Strategie-violence-sexuelle-20222027.pdf 

10. Herman J. L. (2003). The mental health of crime victims: impact of legal intervention. Journal of Traumatic Stress, 16(2), 159–166. https://doi.org/10.1023/A:1022847223135 

11. Sales, E., Baum, M., & Shore, B. (1984). Victim readjustment following assault. Journal of Social Issues, 40(1), 117-136. https://doi.org/10.1111/j.1540-4560.1984.tb01085.x 

12. Shaxson, L. (2005). Is your evidence robust enough? Questions for policy makers and practitioners. Evidence & Policy: A Journal of Research, Debate and Practice, 1(1), 101–112. https://doi.or g/10.1332/1744264052703177 

13. Tedeschi, R. G., & Calhoun, L. G. (1996). The Posttraumatic Growth Inventory: Measuring the positive legacy of trauma. Journal of Traumatic Stress, 9(3), 455–472. https://doi-org/10.1002 /jts.2490090305 

14. Tedeschi, R. G., & Calhoun, L. G. (2004). Target article: "Posttraumatic growth: Conceptual foundations and empirical evidence". Psychological Inquiry, 15(1), 1–18. https://doi.org //10.1207/s15327965pli1501_01 

15. Ullman, S. E. (2000). Psychometric characteristics of the Social Reactions Questionnaire: A measure of reactions to sexual assault victims. Psychology of Women Quarterly, 24(3), 257271. https://doi.org/10.1111/j.1471-6402.2000.tb00208.x 

16. Ullman, S. E., Filipas, H. H., Townsend, S. M., & Starzynski, L. L. (2007). Psychosocial correlates of PTSD symptom severity in sexual assault survivors. Journal of Traumatic Stress, 20(5), 821831. https://doi-org.acces.bibl.ulaval.ca/10.1002/jts.20290 

17. Weathers, F. W., Litz, B. T., Keane, T. M., Palmieri, P. A., Marx, B. P., & Schnurr, P. P. (2013). The PTSD Checklist for DSM-5 (PCL-5) – Standard. https://www.ptsd.va.gov/professional/ assessment/adult-sr/ptsd-checklist.asp 

Participer au projet

Pour participer à la recherche, consultez cette page.

Affiches et communications

Attribution du blâme chez des personnes victimes d’agression sexuelle selon qu’elles aient dénoncé ou non aux policiers

Auteurs et autrices :

Laurence Dubé1, Félicie Gingras1, Ariane Therrien1, Julie Desrosiers2 et Geneviève Belleville1

1. École de psychologie, Université Laval, Québec, Canada

2. Faculté de droit, Université Laval, Québec, Canada

Introduction. Seulement 6% des personnes victimes dénonceraient l’agression sexuelle (AS) aux policiers. Les personnes victimes se blâmant de l’agression rapportent que cela constituerait une barrière à la dénonciation. À l’inverse, les AS impliquant force physique et blessures mèneraient à davantage de plaintes, car ces gestes sont perçus comme une preuve que l’agresseur est à blâmer. Toutefois, les études qualitatives ne permettent pas de statuer sur l’influence du blâme sur la dénonciation. Objectifs. Cette étude vise à déterminer si l’attribution du blâme varie selon que les personnes victimes dénoncent ou non l’AS. Méthode. Vingt-huit et 97 personnes victimes ayant respectivement dénoncé ou non l’AS ont rempli le Questionnaire sur l’attribution de la responsabilité du viol, qui mesure le blâme de soi et le blâme externe. Résultats. Des tests t pour échantillons indépendants ont montré que les personnes ayant dénoncé rapportent significativement plus de blâme externe (t(123) = -2,53, p = 0.006, d = -0.54) que celles n’ayant pas dénoncé. Lorsque les types de blâme externe sont examinés, seul le blâme de l’agresseur est significativement plus élevé chez les personnes ayant porté plainte (t(123) = -4.10, p < 0.001, d = -0.880). Il n’y a pas de différence entre les groupes sur le blâme de soi, de la société, du hasard et les caractéristiques de l’AS. Discussion. Le blâme externe, plus précisément le blâme de l’agresseur, est plus élevé chez les personnes qui dénoncent. Les campagnes de sensibilisation ciblant la dénonciation de l’AS pourraient gagner à faire valoir la responsabilité de l’agresseur.  

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L’importance du dévoilement dans la relation entre les symptômes post-traumatiques et la croissance post-traumatique chez les personnes victimes d’agression sexuelle

Auteurs et autrices

Laurence Dubé1, Samuel Gagné1, Julianne Noël1 et Geneviève Belleville1

1. École de psychologie, Université Laval, Québec, Canada

Résumé

Introduction. Les symptômes de trouble de stress post-traumatique (TSPT) sont associés à une hausse de la croissance post-traumatique. La recherche de soutien auprès de l’entourage expliquerait cette association : les personnes vivant des symptômes de TSPT recevront du soutien de la part de leurs proches, ce qui serait associé à la croissance post-traumatique. Cependant, l’agression sexuelle suscitent davantage de réactions négatives lorsque les personnes victimes recherchent du soutien. Il y a donc lieu de se questionner à savoir si la recherche de soutien en dévoilant l’agression sexuelle aux proches mènera toujours à davantage de croissance post-traumatique. Objectif. Cette étude vise à déterminer si la relation entre les symptômes de TSPT et la croissance post-traumatique est expliquée par le nombre de personnes à qui le dévoilement d’une agression sexuelle a été réalisé. Méthode. Cent-vingt-cinq personnes victimes d’agression sexuelle ont rempli en ligne une version francophone du Posttraumatic Growth Index, du PTSD Checklist for DSM-5 et une liste des personnes à qui elles ont dévoilé l’agression. Résultat. Le test de Sobel, qui calcule la médiation avec le produit des coefficients de régression et de leurs erreurs types avec la statistiques Z, montre que la relation entre les symptômes de TSPT et la croissance post-traumatique est partiellement expliquée par le nombre de dévoilement de l’agression sexuelle (Z = 1,97, p = 0,048). Discussion. Le dévoilement de l’agression sexuelle aux proches chez les personnes victimes vivant des symptômes de TSPT permettraient potentiellement de recevoir davantage de soutien, menant à davantage de croissance post-traumatique.  

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Réactions sociales au dévoilement de l’agression sexuelle : Impact sur les symptômes et la croissance posttraumatiques des personnes victimes

Autrices : Dubé, L., Desrosiers, J. & Belleville, G.

Résumé de l'affiche : 

Le dévoilement d’une agression sexuelle peut entraîner des réactions positives et négatives diverses de l’entourage, qui influenceraient l’état psychologique des victimes. Cette étude examine le lien entre ces réactions et deux dimensions : les symptômes de stress post-traumatique et la croissance post-traumatique, soit un changement psychologique positif à la suite d’un évènement particulièrement stressant ou difficile. Un total de 52 personnes victimes, les chercheuses ont complété des questionnaires structurés en ligne. Les résultats montrent que les réactions négatives de l’entourage sont associées à des symptômes de stress post-traumatiques plus sévères chez les personnes victimes, tandis que leurs réactions positives sont associées à la croissance post-traumatique. Ces constats soulignent l’importance d’un accueil empathique et soutenant lors du dévoilement, non seulement pour limiter les symptômes de stress post-traumatique, mais aussi pour favoriser notamment une reprise de pouvoir et de confiance.

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Rapports et articles

Expérience de dévoilement des personnes victimes d’agression sexuelle

Cette étude québécoise s’intéresse aux personnes victimes d’agression sexuelle (AS) et à leur expérience de dévoilement, selon qu’elles aient porté plainte ou non. Malgré une sensibilisation croissante, très peu de victimes entament une démarche judiciaire. L’objectif est de mieux comprendre les réalités vécues pour améliorer le soutien offert.

Le résumé du rapport se trouve sur cette page.

Revue des symptômes de stress post-traumatique selon les étapes judiciaires

Cette revue systématique explore les symptômes de stress post-traumatique et autres conséquences psychologiques que pourraient vivre les victimes d’agression sexuelle à travers les différentes étapes du processus judiciaire.

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